La lutte contre les espèces invasives doit être collective... et durable !

26 fév 2019

Nombreux sont les professionnels du paysage qui ont été confrontés à une espèce invasive malmenant leurs aménagements paysagers. Pour mieux comprendre comment faire pour lutter efficacement, nous avons interviewé Sébastien Rousselle, Chargé de mission marketing au sein de Bioline Agroscience. Cette entreprise a été récompensée par un Trophée Paysalia Innovations en 2017 pour son innovation écologique contre la pyrale du buis.

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Paysalia : La lutte contre les espèces invasives fait partie des nombreuses problématiques que doivent gérer les professionnels du paysage. Quelles sont les raisons qui poussent ces espèces à s'implanter sur un territoire ?

Sébastien Rousselle : Lorsque les espèces invasives arrivent naturellement sur le territoire français, c'est généralement pour suivre leur nourriture (devenue plus abondante ailleurs), ou pour faire face à l'évolution de conditions climatiques qui deviennent plus propices à leur expansion (ou au contraire, qui les font partir de leur lieu de vie habituel).

Lorsqu'elles sont apportées par l'activité humaine, cela se fait généralement par l'import de matériaux ou de végétaux. Dans ce second cas de figure, c'est souvent lié à un manque de vigilance.

Quelles sont les espèces invasives les plus problématiques à l'heure actuelle ?

La liste est relativement longue ! On peut évoquer bien sûr la chenille processionnaire du pin, qui est installée depuis longtemps maintenant, ou encore la mineuse du marronnier, qui s'attaque aux feuilles et provoque une défoliation précoce, et bien sûr la pyrale du buis.

Celle-ci est arrivée d'Asie dans les années 2000 et elle s'est très bien adaptée à notre climat. Elle s'est retrouvée sur un territoire sans prédateurs réels, car les animaux et insectes présents en France ne reconnaissent pas encore ce ravageur comme source de nourriture. Pour la pyrale du buis, les choses changent peu à peu : certains oiseaux commencent à se nourrir de leurs larves. Cependant, elle a une capacité de reproduction colossale : plusieurs cycles par an, à raison de plusieurs centaines d’œufs par cycles !

Comment lutter efficacement contre la pyrale du buis est une réelle question pour les professionnels du paysage en France et dans d'autres pays d'Europe, comme la Suisse ou l'Allemagne, où le buis est très répandu.

Au-delà de la destruction des végétaux, quels sont les autres impacts notables de ces espèces invasives ?

D'un point de vue biodiversité, on peut évoquer la potentielle disparition d'une espèce végétale. Dans certaines zones, la pyrale de buis peut faire disparaître tous les buis en quelques années. Il y a aussi un impact sur le biotope, car la faune et la flore vont devoir s'adapter à cette nouvelle présence. Par exemple, certains animaux vont perdre leur habitat naturel et devoir se réadapter pour trouver un autre lieu de vie.

Concernant les impacts sur les humains, on peut évoquer les risques allergisants de certaines espèces, comme la chenille processionnaire du pin ou le frelon asiatique. Moins grave mais tout aussi pénible, certaines espèces peuvent rendre la vie extérieure impossible, comme la pyrale du buis lorsqu'elle décide d'envahir les terrasses des maisons ou restaurants en soirée.

Enfin, en termes d'aménagement paysager, il peut y avoir une destruction totale du travail d'un paysagiste, quand il ne s'agit pas que d'une dégradation inesthétique d'une partie du végétal. En conséquence, cela implique de revoir en profondeur l'aménagement d'un parc en remplaçant une essence par une autre, ou bien de renforcer l'entretien de cet espace vert. Ceci demande beaucoup de moyens !

Que peuvent faire les professionnels du paysage pour lutter contre les espèces invasives ?

Lorsqu'une espèce invasive arrive sur un territoire à cause de l'homme, c'est parce qu'il y a eu un contrôle défaillant. Par exemple, le papillon palmivore et le charançon du palmier ont été introduits petit à petit par des palmiers infestés, et ont à présent des effets dévastateurs sur tout l'arc méditerranéen.

Il faut adopter une prophylaxie rigoureuse : vérifier que les végétaux importés ou même achetés localement ont subi les contrôles phytosanitaires nécessaires et sont indemnes est essentiel. La réussite de la lutte contre ces espèces invasives passe par l'attention de chacun et par une action collective, d'autant plus que les ravageurs ne connaissent pas de frontières : se montrer laxiste sur un territoire va impacter tous les territoires alentours. Une attention particulière lors de l'entretien de ses espaces verts est bien évidemment de mise !

Des idées pour entretenir un espace vert sans produits phytosanitaires

Vous avez gagné un Trophée Paysalia Innovations 2017 qui récompense votre solution durable contre la pyrale du buis. Comment fonctionne cette innovation ?

Notre innovation, Tricholine Buxus, est capable de s'attaquer directement aux œufs pondus par le papillon de la pyrale du buis. Nous utilisons le trichogramme, un insecte naturellement présent en France, qui va tuer la pyrale du buis avant même qu'elle n'éclose en déposant son propre œuf dans celui de la pyrale. De cet œuf de trichogramme va éclore une larve de trichogramme, qui va dévorer de l’intérieur l’œuf de la pyrale du buis. Ceci permet d'intervenir avant même que les premiers dégâts ne soient occasionnés. C'est donc une méthode de lutte préventive contre la pyrale du buis et non curative.

C'est une solution respectueuse de l'environnement, qui est dans la continuité des premiers traitements écologiques apparus en 1970 pour endiguer la pyrale du maïs. Les solutions alternatives ne sont donc pas nouvelles, mais elles gagnent récemment en visibilité : l'Etat encourage ce type de solutions, certains produits conventionnels disparaissent, les consommateurs sont demandeurs de traitement écologiques et Internet permet de faciliter l'accès à l'information sur ces alternatives.

Retrouvez l'interview de Bioline Agrosciences lors de Paysalia 2017

Comment votre innovation a-t-elle été perçue lors du salon et que vous a apporté ce trophée ?

C'était une innovation très attendue : les professionnels du paysage étaient un peu démunis, car les solutions existantes ont une efficacité parcellaire, agissent lorsque les dégâts sont déjà visibles ou demandent un suivi plus lourd. Plusieurs paysagistes étaient intéressés ainsi que des gestionnaires d'espaces verts publics ou privés.

C'était pour nous une occasion rêvée pour communiquer de manière positive et proactive, et ce trophée nous a facilité la tâche pour déployer notre innovation. Le fait qu'elle soit reconnue par un jury nous a aidé à gagner en crédibilité !

Retrouvez les interviews des 6 lauréats des Trophées Paysalia Innovations 2017 !

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Merci à Sébastien Rousselle, de Bioline Agroscience, pour sa contribution.


© Crédit photo : Bioline Agrosciences

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