Les secrets d'un apprentissage réussi dans les métiers du paysage

29 jan 2020

Pour toute entreprise du paysage qui accueille un apprenti, il est crucial de se rappeler que le jeune est, avant tout, en formation. L'apprentissage d'un futur paysagiste nécessite donc un suivi et un accompagnement différents des contrats de droit commun : appliquer les bonnes pratiques, c'est s'assurer une collaboration bénéfique pour tous ! Une problématique dont les points clés ont été soulevés lors de la conférence dédiée sur le salon Paysalia 2019, par Benoit Brissinger (Brissinger Entreprise – Unep) et Jean-Laurent Felizia (Mouvements Et Paysages – Unep), chacun accompagné de leur apprenti.

Bien comprendre le rôle du Maître d'Apprentissage dans la formation d'un apprenti paysagiste

Le Maître d'Apprentissage est le référent de l'entreprise responsable de l'apprenti paysagiste, tout au long de son contrat. Ce tuteur a pour fonction d'accompagner le jeune dans l'acquisition de compétences nécessaires pour exercer un métier du paysage et de l'évaluer régulièrement. Il prend également part à l'organisation de la formation, en concomitance avec le centre de formation : il lui faudra connaître le référentiel du diplôme préparé et le calendrier d'alternance.

Il s'agit d'un rôle clé, puisqu'une mésentente ou une mauvaise compréhension entre les parties risque de mener à la rupture de contrat, bien que ce risque soit bien moins élevé dans les entreprises du paysage par rapport à d'autres filières !

L'intégration de l'apprenti paysagiste dans l'entreprise : une étape cruciale dans la réussite de l'apprentissage !

Impossible d'instaurer un climat de confiance sans une intégration réussie. Pour cela, chacun des intervenants a partagé ses petites astuces !

« Lors du 1er jour, j'accompagne mon apprenti et je le présente à tous mes collaborateurs. Je le débrief tous les matins, et lui demande un rapport d'étonnement, même si le jeune fait juste un stage de découverte ! C'est un audit précieux pour mon entreprise », raconte Benoit Brissinger. À noter qu'une telle méthode renforce par ailleurs le sentiment de légitimité de l'apprenti, qui a souvent bien du mal à trouver ses marques lors de ses premiers pas dans le monde du travail.

Du côté de Jean-Laurent Felizia, l'intégration de l'apprenti paysagiste s'opère au fil des jours : « Je le jette à l'eau dès le premier jour, tout en organisant un accueil convivial. Je fais permuter mon apprenti d'équipe en équipe pour qu'il puisse prendre la température. Nous transmettons aussi à l'apprenti un livret d'accueil coécrit par les collaborateurs, lors de son entrée dans l'entreprise. »

Les entreprises du paysage peuvent jouer également sur le timing de l'embauche. En faisant débuter le contrat d'apprentissage avant la rentrée scolaire, l'acclimatation au monde du travail peut se faire en douceur, sans que l'apprenti ne soit trop bousculé par l'emploi du temps des centres de formation.

Enfin, il faut bien s'assurer que les valeurs portées par l'entreprise soient expliquées, comprises et assimilées. C'est tout aussi important que de prendre connaissance du règlement intérieur !

La communication, pilier d'une collaboration constructive

Si les acteurs d'un contrat d'apprentissage ne savent pas ce qu'il va se passer dans l'entreprise, l'expérience peut vite tourner au vinaigre ! C'est pour cela qu'une communication fluide entre les parties est capitale, y compris les parents, comme l'explique Jean-Laurent Felizia : « Nous voyons souvent des jeunes accompagnés de leurs parents, et ces derniers peuvent traduire des choses que leurs enfants n'arrivent pas à expliquer. »

Faire des points réguliers avec l'apprenti est nécessaire. « Mon entreprise a désigné un référent pour nos apprentis et stagiaires. Ils se réunissent tous les vendredis matin pour savoir ce qu'il s'est passé dans la semaine des apprentis. Quant à moi, je fais des débriefs réguliers avec les parents et les jeunes, et pas uniquement lorsque cela va mal : il faut savoir aussi souligner leurs accomplissements ! » explique Benoit Brissinger.

Jean-Louis Felizia préconise également d'encourager l'apprenti à communiquer clairement ses envies durant ces temps d'échange : « Chaque semaine, nous planifions les jours à venir, et je souhaite que cela soit débattu de manière très libre. L'apprenti est aussi sollicité sur sa vision d'un jardin, même s'il n'est là que quelques semaines ! ». Une communication qui peut donc aller dans les deux sens, puisque l'entreprise peut également apprendre beaucoup de ses apprentis. Les jeunes générations manient très bien les leviers digitaux, et peuvent former en retour leur entreprise, par exemple pour les aider à trouver de nouveaux clients !

Considérer chaque apprenti paysagiste dans toute sa singularité

Autrefois, le collaborateur servait l'entreprise et devait y adhérer sans discuter. Cette époque est révolue, encore plus pour les jeunes générations ! Le facteur humain, dans toute sa singularité et sa psychologie, doit être pris en compte de manière individuelle pour qu'une collaboration se passe bien. D'autant plus que le Maître d'Apprentissage accompagne un jeune en plein développement personnel et professionnel. Il serait donc contre-productif d'appliquer le même modèle de formation sur chaque apprenti paysagiste : chaque contrat doit donner lieu à un encadrement personnalisé !

Pour Benoit Brissinger, il est également important de considérer le jeune non pas comme un enfant, mais comme un adulte en devenir : « On cherche justement à ce que l'apprenti devienne autonome. En revanche, les apprentis ont besoin d'affection. Parfois, les parents sont absents et l'entreprise devient une figure parentale. Cela peut être une vraie bouée de sauvetage quand le jeune est en difficulté. »

La notion de plaisir au travail, facteur extrêmement important pour l'épanouissement, nécessite de prendre le temps de découvrir les attentes et envies propres à chacun.

Un apprenti paysagiste vient rarement dans une entreprise pour de l'argent. Il préfère la perspective de développer sa créativité, le fait de vivre avec les autres... C'est pourquoi j'organise une phase de découverte lors du premier mois d'embauche, et j'en profite pour repérer les préférences de l'apprenti pour mieux orienter ses missions. Je ne regarde pas ses notes : ce sont ses envies et ses remarques qui m'intéressent !

Pour finir, Justine T., ancienne apprentie de Jean-Louis Felizia, met l'accent sur un écueil souvent rencontré dans les entreprises du paysage : « Que l'on soit apprenti ou salarié, tout le monde doit être sur un même pied d'égalité ! ». Permettre à son apprenti de se sentir entièrement partie prenante de l'entreprise, c'est lui donner toute la latitude dont il a besoin pour explorer et s'épanouir… pour mieux réussir son apprentissage dans les métiers du paysage !

Garder un lien étroit avec le centre de formation

Les entreprises du paysage ont tendance à former leurs apprentis en fonction de leurs propres besoins. Or, le contrat d'apprentissage est une relation tripartite ! Le centre de formation, en charge de l'enseignement théorique d'un métier du paysage, compte sur l'entreprise pour que l'apprenti puisse atteindre ses objectifs de formation, et donc valider son diplôme.

Ainsi, Jean-Laurent Felizia explique garder un contact permanent avec le centre de formation pour éviter les mauvaises surprises entre ce que son entreprise transmet et le contenu des cours. Le tout est de préserver une bonne homogénéité de la formation !

Comme le souligne Benoit Brissinger, « quand le terreau est bon, la plante s'épanouit ». À charge des entreprises d'être un terreau fertile pour les jeunes pousses des métiers du paysage… et d'améliorer l'attractivité de ce secteur !


© Crédit photo : auremar / stock.adobe.com

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