La réhabilitation des friches industrielles, un enjeu réussi pour Dunkerque

27 janvier 2021
Ville Verte

« La réconciliation entre industrie et nature peut paraître de prime abord impossible. Or ces milieux fortement artificialisés sont parfois d’étonnants réservoirs de biodiversité » annonçait le colloque La nature, levier de résilience des sites et paysages industriels en octobre 2020. Grâce au CNFPT, HORTIS et la ville de Gravelines, les collectivités ont pu s'interroger sur la réhabilitation de leurs friches industrielles. Un défi dans l'air du temps qui peut paraître difficile à relever, et pourtant ! Certains territoires industriels, comme Dunkerque, ont déjà réussi avec brio à créer un nouveau modèle durable d'aménagements paysagers.

Une zone industrielle de Dunkerque
© Crédit photo : David Debray / Adobe Stock

L'urbanisme vert : d'une séparation à un nouveau partenariat entre humain et nature

D'où provient ce clivage profondément enraciné entre activité humaine et nature ? Pour retrouver la source de cette séparation qui a modelé nos paysages, il faut revenir au XIXe siècle, comme l'explique Rémi BEAU, docteur en philosophie, qui s'est intéressé à la requalification écologique des paysages industriels.

On voit apparaître à cette époque une industrialisation galopante, personnifiée par la locomotive à vapeur aux États-Unis ou encore le bassin minier en Belgique qui transforma radicalement le paysage. Un dualisme naît entre l'exploitation et la protection de la terre, sans trouver de juste milieu. Réconcilier l'industrie et la nature est inconcevable, et la retranscription de ce dualisme devient un thème récurrent dans les œuvres d'art du XIXe siècle.

Constantin Meunier, Au pays noir (vers 1893)

Ce n'est finalement que récemment que l'idée de concilier nature et humain est devenue une nécessité. Non seulement nous comprenons mieux les impacts de l'activité humaine sur l'écosystème, mais de nouveaux concepts s'imposent, comme la préservation de la biodiversité. Le contexte sociétal est lui aussi transformé, avec une désindustrialisation qui s'accélère : en France, 2.5 millions d'emplois dans le secteur ont été supprimés depuis 1974 (1). Une idée de nouveau partenariat fait son chemin, nécessitant de renoncer à l'illusion de la maîtrise absolue : on fait le plus possible avec, et le moins possible contre la nature, tout en composant avec des sols souvent pollués par l'activité humaine (en ayant recours aux phytotechnologies par exemple).

Dunkerque s'est illustrée dans cette reconversion des friches industrielles, comme expliquée par Francis NAVE, ancien directeur adjoint de l'Agence d'Urbanisme de Dunkerque, et William MAUFROY, directeur du centre de la mémoire urbaine d'agglomération de Dunkerque.

Nature et réhabilitation de friches industrialo-portuaire : le défi dunkerquois

En 1944, le territoire de Dunkerque est ravagé par la guerre. La priorité est mise sur la reconstruction avec le passage au logement collectif et le recours au béton. On assiste à une industrialisation massive du port qui entraîne une forte augmentation de la population (la commune de Grande-Synthe passe ainsi de 1 151 à 24 000 habitants), qui à son tour amène son lot de questions sociétales, pour enfin arriver aux inévitables problématiques environnementales.

La première trame verte dunkerquoise

On assiste à Dunkerque à plusieurs évolutions successives de la politique d'aménagement du territoire, dont le premier document de planification remonte à 1974 avec le Schéma Directeur d’Aménagement Urbain (SDAU). La première trame verte est créée pour préserver le littoral non-urbain et non-portuaire, ainsi que 600 ha de dunes. Elle comporte aussi des aménagements paysagers dont l'objectif est de cacher l'industrie avec des arbres plutôt que de vivre avec. Une zone de loisirs et de nature est prévue pour compenser la perte d'espace sur le littoral par la création du port. Cependant, les milieux riches en biodiversité, comme la lisière, sont absents : le boisement massif est privilégié pour assécher les sols.


Le premier document de planification du territoire de Dunkerque

Un changement crucial de vocation des sols

La crise économique mondiale ayant touché de plein fouet l'industrie du territoire, entraînant la fermeture du chantier naval en 1987, la plupart des projets concernant les aménagements paysagers sont mis en œuvre seulement dans les années 90.

En 1990, un SDAU plus précis est validé pour s'adapter au nouveau contexte économique. Il favorise davantage la nature et inclut cette fois-ci des milieux différenciés permettant de relier les espaces verts entre eux. Le boisement en masse est abandonné et on voit apparaître la coupure verte du Polder de Gravelines, qui sépare la centrale nucléaire de la ville, conçue comme un patchwork de milieux naturels (dunes, bosquets, etc.). Une ancienne décharge est également reconvertie en golf public pour développer l'attractivité touristique du territoire.

La coupure verte de Gravelines aujourd'hui 
(centrale en haut à droite, ville en bas à gauche)

L'industrie se met elle-même en scène

Un autre objectif du nouveau Schéma Directeur est d'améliorer l'insertion paysagère des industries locales et de protéger les écosystèmes naturels. Les entreprises du territoire de Dunkerque sont associées au projet et contribuent par exemple au verdissement des abords de l'autoroute A16, permettant ainsi de valoriser leur image tout en mettant en scène de leurs infrastructures. 

Une charte « Schéma d'Environnement Industriel », signée en 1993, encadre cette volonté d'insertion paysagère de l'industrie dunkerquoise.

À lire également : Quand l’aménagement paysager s’invite dans les réseaux de transport

L'accélération vers un enjeu de préservation de la biodiversité

En 2007, le Schéma de Cohérence Territoriale remplace le Schéma Directeur. Il reprend le principe de trame verte, mais laisse beaucoup plus de latitude aux communes pour mettre en œuvre leurs aménagements paysagers. L'image industrielle du territoire s'efface peu à peu au profit de l'attractivité touristique grâce à l'apparition de grands espaces de loisirs et nature (ex : PAarc des Rives de l'Aa), qui bien souvent sont issus d'une reconversion de friches industrielles. Le port lui-même a réalisé un inventaire de son patrimoine naturel, en concertation avec les associations de défense de l'environnement, donnant naissance au Schéma Directeur du Patrimoine Naturel (SDPN) qui s'intègre aujourd'hui totalement à la stratégie de développement du port.

Le PAarc des rives de l'Aa

Après 50 années d'efforts constants, le territoire de Dunkerque marie aujourd'hui avec intelligence son activité industrielle et la protection de la nature, s'offrant ainsi une attractivité touristique bienvenue pour diversifier son activité.

Retrouvez l'intégralité du colloque sur Youtube

Grâce à sa réhabilitation de ses friches industrielles et son virage en faveur de la biodiversité, Dunkerque a réussi à sortir du dualisme industrie versus nature. Mais rien n'aurait été possible sans une constante concertation entre les différents acteurs du territoire. Un exemple inspirant pour toute collectivité qui souhaite faire de l'urbanisme vert une priorité ! Dans le même esprit, retrouvez cette initiative à Taïwan pour réhabiliter un ancien centre commercial abandonné.


(1) France Culture : La désindustrialisation à la française

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