Les paysagistes évoquent l'évolution du jardin privé et de leur métier

31 mars 2021
Métier Salon

Depuis le début de la crise sanitaire, les jardins sont plébiscités comme jamais. Rempart contre la morosité, source d'activité physique, espace de loisirs ou lieu de retrouvailles avec ses proches, le jardin a de beaux jours devant lui. Mais comment les professionnels du secteur perçoivent-ils cet attachement encore plus prononcé pour cet espace extérieur, et quel impact sur les métiers du paysage ? Nous avons demandé aux paysagistes finalistes du concours Carré des Jardiniers 2019 comment ils percevaient cette évolution.

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« Un vrai retour au vert et au bien-être » André Bisaccia — Mainaud Création

« Même si nous n'avons jamais manqué d'activité, la crise de la COVID-19 a boosté la demande. On constate un vrai retour au vert et au bien-être, on assimile mieux l'importance d'avoir un bol d'air pour celles et ceux qui ont la chance d'avoir un terrain. 

L'année dernière, nous nous sommes posé beaucoup de questions, mais la situation n'a fait qu'accélérer la demande. Nous avons un planning rempli jusqu'à une année de visibilité, mais le gros challenge de notre métier, ce n’est ni l'activité ni la demande : c'est le problème de formation et de manque d'engouement des jeunes (et des moins jeunes) pour nos métiers. Tous nos canaux de recrutements s'essoufflent. Il faudrait que l'on oeuvre pour rendre la filière plus attractive, et cela dès le collège, pour leur faire comprendre à quel point les métiers du paysage sont vastes ! »

« Le regard sur les métiers du paysage évolue dans le bon sens » Antoine Deltour — Les Jardins de la Scarpe

« Je pense que la crise actuelle est salutaire pour notre profession, car elle démontre à quel point les jardins, parcs et autres espaces verts ont une importance capitale dans notre société. La frénésie a laissé place à des moments plus simples pendant lesquels les gens sont à la recherche de temps, de décompression. Espace d'agrément, le jardin devient surtout un lieu de repos et de détente où la vie de famille peut se conjuguer avec les plaisirs du jardinage.

Notre entreprise l'a très largement ressentie et fait tout pour être en phase avec son temps. 
De plus, les études le montrent, les Français sont très attachés au jardin, aux espaces verts... Aujourd'hui, le regard sur les métiers du paysage évolue dans le bon sens. Quand un arbre est coupé, les gens s'offusquent parce qu'ils savent à quel point il est important de l'avoir à nos côtés ! »

« Les gens se raccrochent psychologiquement au jardin » Jérôme Granger — Côté Jardin Dordogne

« Dans notre petite Dordogne, nous avons aussi constaté cette transformation positive du rapport au jardin. Je pense que les achats (en jardinerie ou en magasin spécialisé) évoluent, et avec eux tous les métiers du paysage. La demande est plus forte depuis l'été dernier, et aujourd'hui nous avons entre 3 et 5 demandes par semaine. On voit que les gens se raccrochent psychologiquement au jardin.

Je suis confiant pour l'avenir du paysagisme, mais il faut former de nouveaux profils pour répondre à la demande et cela peut être un vrai défi si on a pas l'âme de formateur. Il y a un gros effort à faire sur la formation avec les écoles et CFA, peut-être en réactualisant les programmes, car les entreprises ne peuvent pas apporter tout le savoir nécessaire à elles seules. Au-delà de la formation des jeunes, moi qui travaille en bureau d'étude sur la partie conception / chiffrage de devis / programmation de chantiers, je rencontre des difficultés à recruter du personnel qualifié sur ce type de poste. »

« Une philosophie moins génératrice de consommation » Laurent Gras — Jardins à Thèmes

« À l'avenir, les jardins modernes devront davantage être orientés vers le végétal, vers le naturel plutôt que vers les structures. Nous souhaitons évoluer vers moins de surenchère dans la décoration, dans une philosophie plus simple, plus épurée et moins génératrice de consommation. Il y a une vraie réflexion écoresponsable au sujet des matériaux et végétaux que l'on utilise, au lieu d'importer de la pierre d'Inde ou du bois du Brésil. Il va falloir du coup raisonner nos clients, leur faire entendre qu'un matériau local peut mieux convenir, même s'il est un peu moins joli ou robuste.

C'est d'autant plus important que depuis la crise sanitaire, on rencontre des soucis d'approvisionnement. Pourtant, on a de beaux matériaux en France, et nos carrières de pierre naturelle pourraient être mieux valorisées. »

 

Retrouvez l'interview du paysagiste Laurent Gras, consacré Maître Jardinier 2019

Même si le jardin occupe plus que jamais une place centrale dans le cœur des particuliers, divers obstacles se dressent sur le chemin des paysagistes. La difficulté de recruter, tout d'abord, mais aussi la rupture d'approvisionnement dans les circuits internationaux, qui remet la production locale au centre du débat. 

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© Crédit photos : Alexandre Moulard 

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