Pourquoi protéger la biodiversité devient essentiel dans les chantiers paysagistes ?

13 septembre 2022
Environnement

Du plus petit jardin au plus grand projet d'urbanisme, la biodiversité fait désormais partie de presque tous les chantiers paysagers. Et si sa prise en compte devient un enjeu si important, c'est parce qu'on comprend enfin mieux ses bénéfices, malgré les freins que cette démarche peut encore rencontrer.


Vaste sujet que définir la biodiversité !

Quand on parle de biodiversité, on évoque en réalité trois composantes d'un même tout : la diversité des espèces, la diversité des écosystèmes et la diversité génétique. Cependant, la définition de la biodiversité reste un concept complexe à appréhender, qui ne revêt pas forcément les mêmes enjeux selon que l'on soit un professionnel du paysage, une collectivité ou un particulier !

Plusieurs finalistes paysagistes du Carré des Jardiniers 2021 nous ont proposé leur propre vision pour définir qu'est-ce que la biodiversité :

  • Stéphane FRITSCH : « C'est l'échange entre la faune et la flore dans leur milieu naturel. »
  • Franck SERRA : « C'est respecter son milieu naturel avec un minimum d'emprise sur la nature. »
  • Hélène PÉPIN : « C'est étudier les écosystèmes de la nature, s'en inspirer et les répéter. »

L'échange est un concept clé, car la biodiversité est avant tout une symbiose entre le vivant et son écosystème. Le respect également, puisque protéger la biodiversité est essentiel pour l'ensemble du vivant. Enfin, on peut s'inspirer de l'existant et agir pour créer la biodiversité. On parle même de « reconquête de la biodiversité » avec la loi du même nom promulguée le 9 août 2016 !

Pourquoi protéger la biodiversité est-il si important ?

À l'échelle d'un jardin, la biodiversité permet de protéger l’équilibre entre la faune et la flore et de mieux lutter contre l'apparition de maladies et de parasites. Les pesticides, extrêmement nocifs pour la santé, deviennent superflus. Oiseaux et insectes pollinisateurs retrouvent une terre d'accueil dans les massifs et haies, une aubaine alors que leur population ne cesse de chuter. Qui plus est, le jardin devient plus beau, puisque fleuri presque toute l'année !

À l'échelle d'une ville, la biodiversité a un impact encore plus important et répond à des enjeux bien spécifiques grâce à la végétalisation, ce qui intéresse d'autant plus les collectivités. Par exemple : 

Retrouvez plus de bienfaits de l'urbanisme vert

À l'échelle nationale, la biodiversité joue un rôle essentiel pour limiter la propagation des maladies dans les champs agricoles en alternant les cultures, et combattre les incendies forestiers en variant les essences d'arbres. Elle permet aussi de lutter contre des enjeux de santé publique comme la maladie de Lyme qui progresse, faute d'une population suffisante de prédateurs comme le renard roux qui régulent les rongeurs, véhicules de tique infectées. 

Enfin, c'est un formidable levier pour lutter contre le réchauffement climatique et atteindre les objectifs gouvernementaux.

Une approche écologique qui rencontre néanmoins des freins

Si sur le papier, on comprend pourquoi protéger la biodiversité, en pratique, c'est plus difficile. Les paysagistes font parfois face aux réticences de leurs clients pour concevoir des jardins plus « sauvages » qui accueillent abeilles, hérissons ou couleuvres. Heureusement, avec le bon argumentaire, il est tout à fait possible de surmonter ces réticences qui proviennent, en majorité, d'une méconnaissance de la nature, et d'un fantasme encore trop présent d'un jardin taillé au cordeau duquel rien ne dépasse.

En ville, les difficultés résident davantage dans l'arbitrage de choix politiques qui doivent ménager divers intérêts parfois contraires à la biodiversité, par exemple : 

  • la gestion du trafic routier et des parkings
  • l'étalement urbain pour accueillir de nouveaux habitants
  • l'abattage d'arbres sains pour libérer de l'espace foncier
  • l'installation d'écrans publicitaires numériques, sources de pollution

Il s'agit, finalement, d'effectuer un virage à 180° qui nous impose de repenser en profondeur la conception de nos villes, nos surfaces agricoles, nos forêts etc. Pas si simple ! Mais malgré ces freins, on constate une réelle volonté individuelle et collective de redonner à la biodiversité toute l'importance qu'elle mérite.

Mieux comprise, la biodiversité retrouve une place centrale

Tous les professionnels du paysage peuvent constater qu'une évolution des consciences s'opère. Dans les jardins, stop à l'entretien agressif : on laisse davantage de liberté à la nature. Les pesticides sont bannis des espaces verts, des sols sportifs et même des cimetières. Les plantes locales, plus robustes, retrouvent leurs lettres de noblesse et les aménagements accueillant la petite faune, comme les murets en pierre sèche, redeviennent tendance.

Qu'elles y soient contraintes par les canicules répétées, qu'elles souhaitent maximiser leur attractivité ou qu'elles soient dans une logique d'amélioration du cadre de vie de leurs administrés, les collectivités font marche arrière sur le tout-béton et comprennent mieux pourquoi et comment protéger la biodiversité sur leur territoire.

Certaines revalorisent leurs rivières en requalifiant leurs berges en lieux de rencontre ou de promenades. La trame verte et bleue revient au centre de l'urbanisme en tant que grand projet national. Les dispositifs pour attirer oiseaux et insectes pollinisateurs sont de plus en plus nombreux. Même les cours d'école se végétalisent !

En réponse à cette tendance, de plus en plus d'innovations voient le jour pour préserver la biodiversité, contribuant ainsi à créer un cercle vertueux entre l'offre et la demande.

Si l'on comprend bien pourquoi protéger la biodiversité est important, le chemin est long avant de lui redonner toute la place dont elle a besoin. Mais le fait qu'elle soit dorénavant prise en compte aussi bien dans les jardins de particuliers que dans les grands projets d'urbanisme est encourageant. Et le secteur du paysage jouera un rôle essentiel dans cette transition !


© Crédit photo : Hark Hesse / Adobe Stock 

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